A propos du projet

Sous les chaises, sur les bancs, dans le réfectoire L’Institut de l’Annonciation s’est lancé sur la piste des bruits dans l’école. Par la sensibilisation et quelques aménagements simples, elle diminue l’intensité des nuisances sonores entre ses murs.

Une porte qui grince, les pieds d’une chaise qui font gémir le carrelage, le brouhaha qui émane du réfectoire… Une plaie pour l’apprentissage ! Le bruit fatigue, donne des maux de tête, trouble la concentration… Une situation à laquelle l’Institut de l’Annonciation a décidé de réagir dès 2009.

DÉBUSQUER LE BRUIT AVEC SA CLASSE

C’est dans le cadre du « défi bruit » mené par Bruxelles Environnement entre 2009 et 2011, que Sophie Loriaux, enseignante, s’est intéressée durant deux ans au problème du bruit avec sa classe de 5e primaire. « Avant ce projet, je ne pensais pas avoir de problème particulier, mais je me suis rendue compte qu’il était possible de faire mieux », explique l’enseignante. Au programme ? Une approche ludique proposée par l’asbl Empreintes pour amener les élèves à auditer leur école, en identifiant les problèmes et les solutions.

Sous la supervision des animateurs, les 16 élèves se sont glissés dans la peau de détectives pour circuler dans l’école à la recherche des bruits. L’objectif ? Les débusquer en faisant le vide, en tendant l’oreille, en les localisant sur un plan, en leur attribuant une couleur en fonction de l’affect (agréable, déplaisant, etc.), en les enregistrant, en les présentant à la classe sous la forme d’un jeu de devinettes, en apprenant à les mesurer à l’aide d’un sonomètre et en les classant sur une échelle de décibels. Parallèlement, des activités ludiques, telles que le jeu de KIM sonore (deviner le son manquant) ou celui du « bricolage impossible » (des consignes audio, masquées par une série de parasites rendant l’activité chaotique), etc. «L’objectif de ces activités était de les sensibiliser à leur propre comportement en les amenant à comprendre les interactions qu’ils entretiennent avec l’environnement sonore de l’école », explique Sophie Loriaux.

Cette démarche a amené les élèves a participé à l’aménagement de leur école afin de la rendre moins bruyante. Balles de tennis sous les pieds des chaises, feutrine sur les rebords des bancs et dans la fente des portes, huile sur les gonds, etc. « La richesse de cette expérience réside dans la transposition qu’ils en ont fait pour aménager leur classe. »

Les trucs et astuces de l’institut pour apprivoiser le bruit !

  • Placer des balles de tennis en dessous des pieds des chaises
  • Instaurer une charge pour huiler les gonds des portes qui grincent
  • Coller des anti-choques en feutrine sur les rebords des bancs à clapet
  • Fabriquer des marionnettes représentant Décibelle et Groboucan et s’en servir pour demander un retour au calme
  • Organiser une « Journée du Grand Chuuut » dans toute l’école
  • Mettre en place des dispositifs « cocons » entre les bureaux (draps tirés entre des tubes de carton) pour favoriser la concentration
  • Installer une « Mumobox » (ou cabane à sons) dans une pièce dédiée à l’expression « sonore »

FAIRE CONTAGION DANS TOUTE L’ÉCOLE

L’année d’après, Madame Sophie a proposé à ses élèves de partager leurs résultats, à l’occasion de la « Journée du Grand Chuuut ». « Lorsque les élèves présentent leur projet aux autres, ça leur donner du sens et une motivation supplémentaire», explique-t-elle. Au programme : une pièce de théâtre pour les maternelles à partir des marionnettes de « Décibelle et Groboucan » (deux chasseurs de bruits, héros d’une histoire proposée par Empreintes), des quiz, des panneaux de présentation sur le fonctionnement de l’oreille interne, une activité de sensibilisation aux dangers du baladeur, un jeu de devinettes sur les bruits dans l’école, etc. Une série d’activité pour motiver toute l’école à faire pareil !

SENSIBILISER LES ÉLÈVES ET L’ÉQUIPE ÉDUCATIVE

Suite à cette journée, la directrice a décidé de s’attaquer à l’un des points noirs identifiés lors de l’audit : le réfectoire. Car deux cents élèves de primaires qui mangent à la cantine, ça fait du bruit ! « En bénéficiant de l’appui d’un aidant extérieur (Empreintes), je souhaitais sensibiliser l’équipe éducative au fait que le bruit engendre le bruit », explique Raymonde Van den Stock, directrice de l’établissement. Concrètement, la directrice souhaitait que les surveillantes adoptent d’autres techniques que l’élévation de la voix pour faire revenir le calme. L’aménagement du réfectoire a été revu : les tables ont été disposées en îlots et non plus en rangs et trois services ont été instaurés sur le temps de midi, les grands mangeant en classe. Une série d’autres pistes ont également été testées (certaines adoptées, d’autres non) : des sets de table pour amortir le bruit des assiettes, la désignation d’un responsable pour maintenir le calme à table, des livres distribués à la fin du repas, une cloche et des visuels pour faire revenir le calme (ex : les marionnettes de Décibelle et Groboucan), de la musique apaisante durant le repas, etc. « Toutefois, changer les habitudes prend du temps et du travail doit encore être accompli avec l’équipe de », observe la directrice.

Pistes et ressources pédagogiques

  • L’asbl Empreintes et son dossier pédagogique « Décibelle et Groboucan » pour un soutien pédagogique et des animations pour les élèves : www.empreintesasbl.be
  • Partir de l’histoire « Décibelle et Groboucan, les chasseurs de bruits » pour sensibiliser sa classe. Plus d’infos sur le site de Bruxelles Environnement : www.environnement.brussels/ecoles > Outils pédagogiques
  • La brochure « Voyage aux pays des sons » de l’asbl Hypothèses : www.hypothese.be > Outils didactiques
  • Pour des animations autour de la « Mumobox » : l’asbl Musiques Mosaïques www.mumocom.org > Les Ecoles

… ET MAINTENANT LES MATERNELLES

A chaque début d’année scolaire, avec Madame Sophie, c’est l’occasion de reprendre ses bonnes habitudes. C’est pourquoi elle demande aux élèves de faire le tour de la classe et de vérifier si la feutrine et les balles de tennis sont toujours à leur place et au besoin, d’en ajouter.

Ce projet a également permis d’instaurer une dynamique particulière en matière de bruit au sein de l’équipe éducative. Quatre ans après le défi bruit, Madame Bérangère et ses 25 élèves de 3e maternelle ont testé un dispositif « cocons » dans leur classe. Le principe ? Installer une structure légère et mobile (des tubes en cartons reliés par un drap) entre les tables des élèves, afin d’améliorer la concentration en classe. « Ce sont des étudiants de Saint Luc qui sont venus tester ce dispositif dans ma classe », explique l’enseignante qui souligne l’intérêt d’être ouvert à des projets d’universitaires pour bonifier un projet d’école. Autre dispositif « refuge » mis en place dans un même esprit : « la cabane à sons » de l’asbl Musiques Mosaïques. « Installer une activité d’éveil artistique, c’est sensibiliser les enfants au bruits plus plaisants et leur faire prendre conscience que certains endroits sont appropriés pour faire et écouter de la musique, et que d’autres le sont moins. »